Cour-de-France.fr
Saint-Simon et le masque, fausseté hypertélique
Duso-Bauduin, Jean-Pierre
Jean-Pierre Duso-Bauduin, Saint-Simon et le masque, fausseté hypertélique, dans Littérature, n° 131, 2003 (http://www.armand-colin.com/downloa...).
Extrait de l’article
La « fausseté » du courtisan lui est devenue une seconde nature : il la met en œuvre même quand sa « fortune » n’y trouve aucun intérêt. La dissimulation, « grand raffinement » aux yeux du monde, est un « vice » pour le moraliste. Il n’est pas surprenant qu’un regard sociologique analyse le phénomène en d’autres termes. Norbert Elias part du principe que la société de cour implique la dissimulation, en forçant chacun de ses membres, constamment au contact des autres, à exercer un « autocontrôle minutieux et compliqué ». Le courtisan doit adopter en toute occasion le comportement adéquat, c’est-à-dire « accorder sa mimique, ses gestes, ses propos » aux hommes et aux circonstances. Dans cet univers d’« interdépendances », les contraintes que s’impose l’individu redoublent celles qu’exerce son milieu. Elles ont le « caractère d’un masque voulu », d’un « blindage », d’une « cuirasse » cachant les « impulsions émotionnelles momentanées » et dont la rigidité ne peut s’atténuer que devant les subordonnés, les valets et les pauvres. Norbert Elias ne s’intéresse que trop brièvement au sort de ces impulsions étouffées. Sa lecture des Mémoires de Saint-Simon aurait pu le conduire à considérer la question de plus près.