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Un programme politique nobiliaire : les Mécontents et l’Etat (1574-1576)

Jouanna, Arlette
 

Arlette Jouanna, "Un programme politique nobiliaire : les Mécontents et l’Etat (1574-1576)", dans Philippe Contamine (éd.), L’Etat et les aristocraties (France, Angleterre, Ecosse) XIIe-XVIIe siècle, Paris, Presses de l’ENS, 1989, pp. 247-278.

Extrait de l’article

La cinquième guerre de religion se différencie profondément des précédentes en ce que, pour la première fois, huguenots et catholiques modérés combattent ensemble contre les armées royales. De la prise d’armes du Mardi-Gras (nuit du 23 au 24 février 1574) à la Paix de Monsieur (signée le 6 mai 1576 et confirmée par l’édit de Beaulieu), une coalition hétérogène rassemble les communautés réformées désireuses d’obtenir une plus grande liberté de culte, le tiers parti des Politiques soucieux avant tout de surmonter les divisions religieuses et enfin, parfois confondus avec ces derniers mais constituant néanmoins un groupe bien reconnaissable, les gentilshommes qui, sous le nom de Mécontents, essayent de faire triompher les revendications qui leur sont propres.

Le ciment de cette Association ou Union, termes qu’utilisent ses membres pour la désigner, c’est un but politique commun suffisamment puissant pour faire, non pas oublier, mais passer au second plan les différends religieux. Les réformés et catholiques unis se dressent contre un régime qu’ils qualifient de "tyrannique", mot dont la valeur émotionnelle et la charge péjorative sont telles qu’elles suffisent à provoquer une unanimité de rejet et de répulsion, et à masquer les divergences éventuelles sur le régime idéal qu’il conviendrait de réaliser, ou plutôt de restaurer, en France.

Parmi les révoltés, les théoriciens que l’on a appelés les Monarchomaques sont relativement bien connus ; en revanche, la pensée des Mécontents, qui présente des analogies avec celle des précédents mais aussi des différences importantes , n’a pas été systématiquement étudiée. Or elle s’organise autour d’un programme politique nobiliaire cohérent, dont l’intérêt est fondamental pour mieux comprendre les rapports entre la noblesse française et le roi, et pour saisir l’idée que se faisaient les gentilshommes de l’Etat.

Lire la suite (document pdf mis en ligne par les Presses de l’ENS, page 243)