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Madame de Maintenon et la double mort de Louis XIV

Marcel Loyau

Loyau, Marcel, Madame de Maintenon et la double mort de Louis XIV, Albineana, Cahiers d’Aubigné, 10-11, 1999. Autour de Françoise d’Aubigné, Marquise de Maintenon. Tome II. Actes des Journées de Niort 23-25 mai 1996, sous la direction de Alain Niderst ; p. 295-304

Extrait de l’article

Le 16 mai 1715, dans une correspondance d’une centaine de lettres inédites à ce jour, le maréchal de Villeroy écrivait à Madame de Maintenon : « Depuis lundi au soir, Madame, je suis inquiet sur la santé du Roi. Il a très mauvais visage, marche avec peine et est fort resserré. Je n’ai osé vous le mander. . . »

A cette date, malgré le grand âge du roi qui allait avoir soixante-dix-sept ans, rien encore ne laissait supposer ce qui devait se produire dans les mois qui suivraient.

Si j’ai intitulé mon propos « Madame de Maintenon et la double mort du Roi », c’est qu’à analyser la progression dramatique qui nous amène au 1er septembre, date de sa mort, il est remarquable que cet événement se joue sur deux registres complémentaires, mais qui rarement se confondent. La mort d’un Roi, et de Louis XIV en particulier, qui avait bâti son règne sur une volonté de représentation de tous les instants, ne se situe pas sur un plan qui prend en compte la faiblesse du sentiment mais essentiellement la mise en scène d’une succession. Louis XIV lui-même dit, selon Dangeau : « Je m’en vais mais l’état demeurera toujours ».

Madame de Maintenon, épouse secrète et morganatique, deux termes qui la placent d’office dans la marginalité et la suspicion des mémorialistes, ne put, dans cette circonstance qui mettait fin à son élévation publique, qu’adopter une attitude de retrait et se consacrer à un deuil humain qu’elle partagea avec quelques très proches parents et amis, pour qui la mort du Roi était avant tout la disparition d’un homme qu’ils avaient aimé.

Ce deuil, je vais en rappeler les faits avant de revenir sur l’attitude de Madame de Maintenon.

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